Situé à Rixheim, dans le Haut-Rhin, le Pavillon Koenig est une habitation expérimentale conçue à la fin des années 1960 par l’architecte suisse Pascal Häusermann. Aussi appelée maison-bulle ou maison coquillage, elle illustre une architecture organique centrée sur l’humain.
Une architecture née d’une contestation
Le concept de maison-bulle apparaît à la fin des années 1950 dans un contexte de rejet du fonctionnalisme rigide et des formes standardisées issues du Mouvement moderne. De jeunes architectes, dont Pascal Häusermann, cherchent à inventer un habitat plus libre, plus organique et plus humain. La maison-bulle se caractérise par des formes arrondies et continues, des espaces fluides sans angles droits et une forte relation avec la nature et le paysage. Inspirée des formes du vivant et d’habitats vernaculaires, elle propose une architecture intuitive, sensorielle et évolutive.
Pascal Häusermann et l’architecture-sculpture
Figure majeure de ce courant, Pascal Häusermann développe une vision radicale de l’habitat. Précurseur de la Blob architecture, il conçoit des bâtiments aux formes libres, pensés comme des extensions du corps et des modes de vie de leurs habitants. Ses principes reposent sur l’adaptation de l’espace à l’individu, la modularité et l’évolutivité, ainsi qu’une architecture expérimentale et participative. Le Pavillon Koenig, construit entre 1969 et 1970 pour Monsieur Koenig, s’inscrit pleinement dans cette démarche.
Une innovation technique au service de la forme
L’une des grandes innovations des maisons-bulles réside dans l’utilisation du voile de béton armé projeté, mis au point par Häusermann. Ce procédé permet de s’affranchir des contraintes du coffrage traditionnel, de créer des formes continues et organiques et de concevoir une architecture à la fois économique et expressive. Le Pavillon Koenig se présente ainsi comme une structure fluide composée de volumes arrondis. Sa grande baie vitrée, évoquant l’ouverture d’un coquillage, renforce le lien entre intérieur et extérieur.
Une philosophie : habiter autrement
Les maisons-bulles ne sont pas seulement une innovation formelle, elles traduisent une véritable philosophie de l’habitat. Elles visent à replacer l’humain au centre de la conception architecturale. Les espaces y sont adaptés aux mouvements naturels, pensés de manière intuitive et conçus comme des environnements enveloppants. L’architecture devient alors une expérience sensorielle en lien étroit avec son environnement.
Pavillon Koenig à Rixheim : maison-bulle emblématique de Pascal Häusermann
Situé à Rixheim dans le Haut-Rhin, au 15 rue Bellevue, le Pavillon Koenig, également appelé maison coquillage, maison-bulle, maison champignon ou maison Pierafeu, est une habitation expérimentale construite à la fin des années 1960 sur une parcelle de 12,33 ares. Conçue par l’architecte suisse Pascal Häusermann, elle illustre une architecture organique centrée sur l’humain.
Architecture des années 60 à Rixheim : le destin du Pavillon Koenig
Dans le contexte local de Rixheim, le Pavillon Koenig s’inscrit dans une histoire à la fois personnelle et territoriale. À proximité, au 11 rue Bellevue, se trouve un crucifix érigé par Jean Koenig, un Malgré-Nous, rappelant l’ancrage mémoriel du lieu. C’est ce même Jean Koenig, chef d’entreprise, qui commande en 1969 à Pascal Häusermann une maison-bulle aux formes spectaculaires. Conçue comme une soucoupe volante à laquelle est rattachée une petite cellule destinée à une chambre d’enfant, l’habitation illustre parfaitement le principe de modularité propre aux maisons-bulles.
Surnommée tour à tour maison champignon, maison des Schtroumpfs ou encore comparée à un habitat d’E.T. dans la presse régionale L’Alsace, elle a longtemps suscité curiosité et étonnement. Cette réception ambivalente témoigne du caractère profondément novateur de cette architecture dans le paysage alsacien de l’époque. Aujourd’hui malheureusement à l’abandon, cette construction demeure un témoignage précieux de l’audace architecturale des années 1960 et de l’implantation locale du mouvement des maisons-bulles.
Une architecture entre fascination et incompréhension
Les maisons-bulles ont souvent suscité des réactions contrastées. Leur esthétique futuriste et organique a pu fasciner autant qu’elle a dérouté. Les comparaisons avec des univers imaginaires ou extraterrestres traduisent une rupture forte avec les codes traditionnels et une difficulté d’appropriation par le grand public. Pourtant, ces architectures reposent sur une réflexion sérieuse et innovante sur l’habitat.
La maison-bulle de Rixheim : un patrimoine fragile et menacé
Aujourd’hui, le Pavillon Koenig se trouve dans un état préoccupant. Comme de nombreuses maisons-bulles, il souffre du vieillissement des matériaux, du manque d’entretien et d’une reconnaissance patrimoniale encore insuffisante. Ces constructions expérimentales, bien que remarquables, restent difficiles à préserver.
Conclusion
Le Pavillon Koenig constitue un témoignage précieux d’une période d’expérimentation et d’utopie
architecturale. À la croisée de l’innovation technique, de la liberté formelle et d’une vision humaniste de l’habitat, il incarne pleinement l’esprit des maisons-bulles. Aujourd’hui fragilisé, il mérite d’être reconnu comme un patrimoine d’avant-garde porteur d’une réflexion toujours actuelle sur notre manière d’habiter.
- Crédits des plans : Frac Centre-Val de Loire